Un substitut aux microplastiques issu du fermenteur : BIOWEG construit la plus grande usine d'Europe dédiée à la cellulose bactérienne
L'interdiction des microplastiques par l'UE suscite un investissement de plusieurs millions dans une usine de biotechnologie en Rhénanie-du-Nord-Westphalie
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BIOWEG, l’entreprise allemande de deep tech spécialisée dans la production de cellulose bactérienne biodégradable haute performance destinée à remplacer les polymères d’origine fossile et les microplastiques ajoutés intentionnellement, lancera la construction de la plus grande usine de production de cellulose bactérienne d’Europe au quatrième trimestre 2026. Cette installation unique en son genre, située à Elsdorf, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, produira jusqu’à 10 000 tonnes par an, les premiers volumes commerciaux étant attendus en 2028 — permettant ainsi la production sur le continent d’un matériau que l’Europe importe aujourd’hui presque exclusivement.
Les travaux débuteront au quatrième trimestre 2026 et les premières livraisons commerciales sont prévues en 2028
BIOWEG
La restriction européenne sur les microparticules de polymères synthétiques ajoutées intentionnellement, adoptée dans le cadre du règlement REACH en 2023, prévoit l’élimination progressive des microplastiques d’origine fossile présents dans les engrais, les enrobages de semences, les cosmétiques et les détergents, selon un calendrier s’étalant jusqu’à la fin de la décennie. Les formulateurs ont besoin de substituts offrant des performances équivalentes à celles des polymères et disponibles en volumes industriels, dans des quantités sur lesquelles ils peuvent compter. La cellulose bactérienne possède le profil fonctionnel requis ; ce qui faisait défaut, c’était une capacité de production européenne.
Elsdorf comble cette lacune : la construction débutera avant la fin de cette année et la production à l’échelle industrielle sera opérationnelle dès 2028. Pour accélérer le développement, BIOWEG a alloué environ 60 % de son financement total à ce nouveau site.
Depuis l’annonce en septembre 2025 de sa levée de fonds de série A de 16 millions d’euros menée par Axeleo Capital, BIOWEG a levé 14 millions d’euros supplémentaires : 2 millions d’euros de capitaux propres apportés par un nouvel investisseur, Rabo Ventures, portant le montant total de la série A à 18 millions d’euros ; 10,3 millions d’euros de financement non dilutif accordé par l’UE dans le cadre du concours de subventions « Produktives.NRW » dans le cadre du programme FEDER/JTF pour la Rhénanie-du-Nord-Westphalie 2021–2027, et 2 millions provenant d’autres sources, portant le financement total à 35 millions d’euros.
La rentabilité de l’usine repose tout d’abord sur son emplacement. Construite au cœur même de l’un des plus grands complexes industriels sucriers d’Allemagne, l’installation valorisera la mélasse et d’autres flux secondaires en tant que matières premières de fermentation à quelques mètres de leur lieu de production — ce qui permettra de réduire les émissions liées à la logistique, de diminuer les coûts d’exploitation et de garantir l’approvisionnement. Conçue comme une usine entièrement automatisée, elle s'appuie sur les décennies d'expérience de l'industrie sucrière en matière d'automatisation et de robotique pour fonctionner de manière rentable avec des marges réduites, un modèle que BIOWEG applique à la biofabrication. Le site pilote de BIOWEG à Quakenbrück reste opérationnel tout au long de la construction : actuellement en cours de modernisation et d’automatisation complète, passant d’une capacité d’environ 100 à au moins 200 tonnes par an, il fournira des lots destinés à la vente commerciale jusqu’en 2027 et 2028, en attendant la mise en service d’Elsdorf, et servira de modèle d’automatisation pour l’usine plus grande.
Les ingrédients de BIOWEG sont déjà utilisés à des fins commerciales, et le site d’Elsdorf est en cours de construction pour répondre à la demande croissante dont ils font l’objet. Dans le domaine agricole, les enrobages d’engrais, les enrobages de semences et les adjuvants d’extrusion sans microplastiques de l’entreprise offrent les fonctionnalités requises à des dosages pouvant être jusqu’à 70 % inférieurs à ceux des alternatives synthétiques conventionnelles dans certaines formulations, ce qui réduit le coût d’utilisation en conditions industrielles. Dans les secteurs des cosmétiques, des soins personnels et des produits d’entretien ménager, ses ingrédients à base de cellulose bactérienne offrent une amélioration de la texture, un contrôle de la rhéologie, des propriétés de suspension, des effets filmogènes et sensoriels, le tout à partir d’une matière première entièrement d’origine biologique et biodégradable. Ces deux secteurs bénéficient du soutien de l’équipe de formulation interne de BIOWEG, qui développe chaque ingrédient en fonction du cas d’utilisation spécifique du client et réalise les travaux de reformulation en interne — un facteur de différenciation que l’entreprise considère comme tout aussi important que sa taille.
L’usine ancrent également BIOWEG dans une région qui reconstruit son tissu industriel. Le bassin rhénan (Rheinische Revier) connaît une transformation à long terme, passant d’une industrie basée sur le charbon à des technologies innovantes, et Elsdorf offre une infrastructure bien établie ainsi qu’un accès à une main-d’œuvre qualifiée issue des bassins de talents de Cologne, Düsseldorf, Aix-la-Chapelle et de la Ruhr ; environ 30 emplois dans le secteur des hautes technologies seront créés sur le site. BIOWEG s’est développée au sein de l’écosystème d’innovation de la région, qui comprend notamment Circular Valley, Gateway Factory et Chemstars, et son expansion s’inscrit dans la lignée de la politique européenne : la stratégie de la Commission en matière de bioéconomie et le paquet sur la biotechnologie industrielle attendus cet automne visent tous deux à renforcer les capacités nationales de biofabrication, à raccourcir les chaînes d’approvisionnement et à créer de la valeur industrielle à partir de matières premières renouvelables.
Le Dr Prateek Mahalwar, cofondateur et PDG de BIOWEG, a déclaré : « Le financement d’une usine unique en son genre est l’étape la plus difficile dans le domaine de la biotechnologie industrielle, et c’est précisément cette étape que nous franchissons aujourd’hui, le gouvernement allemand et l’UE partageant le risque lié à sa construction. Les sous-produits alimentaires et agricoles seront toujours disponibles localement en Europe, et c’est à Elsdorf que nous les transformerons en ingrédients biodégradables hautement performants à l’échelle industrielle. Nos clients adaptent leurs formules lorsque les performances sont au rendez-vous et que les coûts sont maîtrisés, et cette usine est conçue pour répondre à ces deux exigences aux volumes dont ils ont besoin. »
Le Dr ir Katrien Swerts, directrice exécutive de Rabo Ventures, a déclaré : « BIOWEG a atteint le stade où une technologie éprouvée et une demande commerciale peuvent se traduire par un impact à l’échelle industrielle. Ses ingrédients offrent aux fabricants une alternative haute performance et biodégradable aux polymères d’origine fossile et aux microplastiques ajoutés intentionnellement, tandis que le site d’Elsdorf dispose de la capacité nécessaire pour répondre aux besoins des clients à grande échelle. Cette combinaison entre les besoins du marché, une rentabilité convaincante et une voie claire vers l’industrialisation fait de ce moment le moment idéal pour nous d’investir. Cet investissement reflète également la stratégie « Clean Energy » de W&R, qui consiste à soutenir de manière sélective les technologies et les infrastructures accélérant la transition vers une économie plus durable et circulaire, tout en créant de la valeur à long terme pour les clients et la société. »
Mona Neubaur, ministre de l’Économie et de l’Action climatique de Rhénanie-du-Nord-Westphalie : « Nous nous attaquons à un problème majeur à sa source : les microplastiques qui pénètrent dans nos rivières par chaque canalisation d’eaux usées. Dans le bassin rhénan, nous montrons comment les bactéries peuvent être transformées en véritables alternatives – fabriquées en Rhénanie-du-Nord-Westphalie pour toute l’Europe. Il s’agit là d’une mutation structurelle qui porte ses fruits : de nouveaux emplois, une nouvelle création de valeur et une moindre dépendance vis-à-vis des importations. »
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